Une grande figure de notre commune vient de nous quitter. Claude Delvoy était l’âme du Domino, né dans cette maison en septembre 1940, il a tenu l’établissement et était encore derrière le comptoir 85 ans plus tard.
Dans le cadre traditionnel et boisé de son café, Claude Delvoy « C’est mon grand-père Arthur qui était postier qui a ouvert le commerce, un estaminet-épicerie ». Une double activité que sa maman arrêtera « Ma mère a arrêté l’épicerie car les gens faisaient crédit mais ne payaient pas » souriait Claude. Sa jeunesse a été bercée par l’ambiance du Domino, un nom que son père a donné à l’établissement « car il adorait jouer au Domino avec les clients ».
Création du Domino Club en 1962
Ayant grandi dans la rue Jaurès, Claude a fréquenté l’école François Brasme qu’il voyait de ses fenêtres. Il poursuivra sa scolarité au Lycée Condorcet de Lens où il reconnaissait avoir fait « quelques bêtises ». Pour le punir, ses parents l’avaient envoyé à la mine, il y avait découvert le métier pendant environ deux mois en remplissant les berlines de charbon jusqu’au jour où le porion découvrira qu’il n’avait pas 18 ans. Puis ce sera le service militaire en Algérie, il en était revenu en novembre 1962 avec une idée derrière la tête : ouvrir le Domino Club « J’ai nettoyé le garage, nous avons couvert la cour pour mettre une table de ping-pong, nous avons ajouté un babyfoot mais les deux salles étaient indépendantes pour ne pas gêner les clients de mon père qui jouaient aux cartes ou aux dés ».
Des disques en provenance direct d’Angleterre
Amateur de nouveautés musicales, le Domino Club était à la pointe et possédait des flippers « Ils arrivaient des Etats-Unis directement par bateau au Havre mais ils arrivaient sans pieds et sans glaces, il fallait les installer ». Il possédait également des jukebox « J’achetais les disques directement en Angleterre où j’avais des correspondants, on avait toutes les nouveautés, les Beatles par exemple. Nous sommes allés une fois avec 20 amis du Domino à Londres ». Il se murmure même que quelques disques ont ensuite animé les soirées du Ritz, une autre adresse de la nuit bullygeoise. Fan de technologie, Claude était également un radio-amateur émérite.
Que de bons souvenirs
L’heure de la retraite venue, c’est Valérie, sa fille qui a repris l’établissement, prolongeant ainsi l’aventure familiale. Parfois certains souvenirs ressurgissaient « Des dames d’Arras sont venues et l’une m’a dit en désignant la salle à côté, j’ai vécu ma jeunesse ici !» De cette époque, Claude Delvoy ne conservait que de bons souvenirs : « C’était une super époque, ici il n’y a jamais eu de bagarre, que des gars bien » Le Domino Club dura une dizaine d’années ensuite, le Domino se réinventa : « Nous avons fait des repas avec des traiteurs, des rallyes pédestres. Ici ce ne sont pas des clients mais des amis. » – Amitié, authenticité, des valeurs qu’incarnaient Claude Delvoy !